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lundi 5 avril 2010

"Le Chien et le Cheval", chap. 3, Zadig

(les n° de lignes renvoient à la photocopie distribuée ou à l'édition Librio)


I. Les ingrédients indispensables au bonheur selon Zadig (l. 1 à 22) :- La solitude (Zadig répudie Azora et se réfugie à la campagne)
- La nature (périphrase et métaphore : « ce grand livre que Dieu a mis sous nos yeux »)
[ cf. les Rêveries du promeneur solitaire de Rousseau, 30 ans plus tard, 1776-1778]
- Les études, la recherche de connaissances, « il étudia surtout les propriétés des animaux et des hommes » = thème cher aux philosophes des Lumières.
- Zadig étudie de manière « gratuite », non pas pour transformer la nature ou s'enrichir (« faire de la soie avec des toiles d'araignées ») mais seulement pour l'amour de la connaissance.

= Grâce à cette observation de la nature, il devient un homme éclairé, c'est-à-dire qu'il « découvrait mille différences où les autres hommes ne voient rien que de l'uniforme ».

Cette introduction est nécessaire pour comprendre comment Zadig a pu devenir si perspicace.


II. Un récit exemplaire

A. un conte oriental (l. 23 à 50) :- Mise en place d'un cadre spatio-temporel propre aux contes : « un jour » + « auprès d'une petit bois ».
- Des personnages dignes d'un conte également : « reine », « officiers », « roi » et « grand veneur ».
- De l'action : « accourir », « couraient » …
- Et des émotions : « inquiétude », « égarés ».
- Et surtout, des péripéties qui ne se produisent que dans les contes pour enfants : « par une bizarrerie ordinaire de la fortune » (d'abord le chien de la reine, puis le cheval du roi !).
- des éléments orientaux : desterham, eunuque, livre du Zend, Euphrate, Babylone … (on se rappelle que l'Orient est à la mode dans la littérature du XVIIème siècle)
= Mise en place d'un récit exemplaire, beaucoup de points communs avec le conte de fées.

B. Un récit policier (l. 23 à 62) :- Présence d'une énigme : la perte d'un chien puis d'un cheval
- Zadig a la démarche d'un enquêteur (comme Sherlock Holmes) grâce son observation minutieuse de la nature (« qui lui découvrait mille différences là où les autres hommes ne voient rien que l'uniformité ») : « j'ai vu » … « j'ai jugé » … « j'ai remarqué » … « j'ai compris » ...
- le champ lexical du délit et de la peine : « volé », « condamnation », « knout », « Sibérie »

III. Un discours explicatif convainquant (l. 63 à 102) :Zadig se montre très convainquant :

- Les marques de l'oralité :
*la longue apostrophe du début (l. 63 à 65) dont on verra l'ironie après.
*Le jeu des pronoms (« je », « vous »)
*le présentatif « voilà »

- L'organisation du discours est rigoureuse :
*un exorde (capte l'attention par l'apostrophe) = toute l'apostrophe du début jusqu'à « voici ce qui m'est arrivé »
*une narratio (l'exposé des faits, le raisonnement) = tout le reste de son discours
*… pas de péroraison (ou conclusion avec un registre pathétique) = Zadig n'est pas dans la persuasion (il ne cherche pas à persuader … quoique : voir plus bas), mais dans la conviction.

- Ses explications sont précises :
*précision du lieu l. 69-70
*Précision de vocabulaire, de la description : utilisation d'adjectifs qualificatifs (« léger », « long ») et de subordonnées relatives (qui apportent une précision)
*des mesures précises, mathématiques : « égale distance », « sept pieds de large », « trois pieds et demi », « cinq pieds de haut », « 23 carats », « onze deniers de fin » …
*des connecteurs logiques (conséquence, de cause) : « puisque qu' », « ainsi », « car »
*registre didactique : zadig explique très précisémment comment il va de l'observation à la conclusion = raisonnement inductif


IV. La critique de la justice :

- Les juges accusent sans preuve : « ne doutèrent pas que » l. 51 ; « l'assemblée du grand desterham qui le condamna » l. 54
- Des juges sadiques : « furent dans la douloureuse nécessité de réformer leur arrêt » (= de revenir sur la condamnation prononcée à l'encontre de Zadig)
- Une justice inique (= injuste) : disproportion entre le délit et la condamnation : avoir volé un cheval et une chienne = knout + exil en Sibérie / « il n'avait point vu ce qu'il avait vu » l. 59 = 400 onces d'or / « il avait regardé par la fenêtre » = 500 onces d'or !
- Des juges vénaux (= intéressés uniquement par l'argent) : les amendes à payer + on le rembourse de son amende de 400 onces d'or en en retenant 398 pour les frais de justice !
- Pas de présomption d'innocence : « d'abord payer … après quoi ... plaider sa cause » l. 60-61. Or en France, on est présummé innocent depuis … 1789, soit 39 ans APRES l'édition de Zadig !
- Une justice absurde : Zadig condamné d'abord parce qu'il dit qu'il n'a pas vu (l. 59) puis parce qu'il ne dit pas qu'il a vu (l. 120) !
- Cette dénonciation de la justice est visible à travers l'apostrophe de Zadig, au début de son discours : chaque métaphore peut être analysée à double sens (= ironie de Voltaire). C'est aussi ce qui permet de nuancer l'idée selon laquelle Zadig n'essaie pas de persuader ; en réalité, il flatte ses juges :
* Etoiles de justice = brillant comme la justice / loin de toute justice
* Abîme de science = une science très profonde / une science creuse
* Miroirs de vérité = reflète la vérité / à l'opposé de la vérité
* qui avez la pesanteur du plomb … = votre parole a du poids / vous êtes maladroits, bornés
* … la dureté du fer ...= durs et justes / cruels, sadiques
* … l'éclat du diamant … = vous brillez / vous êtes corrompus
* Et beaucoup d'affinité avec l'or = même chose que le diamant.

Conclusion : Voltaire, par l'ironie, dénonce une justice inique, cruelle et corrompue.
On en apprend un peu plus sur Zadig (logique, réfléchi, éclairé), et lui-même en apprend un peu plus sur le système de son pays ...

L'Ermite, chap. XVIII - Zadig - Voltaire

de « Tandis que le Babylonien parlait » à la fin du chapitre 18.

Zadig va d'aventure en aventure, parfois malheureux, mais toujours honnête et droit. Dans ce chapitre, Voltaire réfléchit sur les notions de Bien et de Mal, de liberté humaine et de volonté divine.

Ce chapitre est donc primordial, car il éclaire le sous-titre (« ou la destinée ») et le sens de l'oeuvre.

Distinguer "destin" et "destinée" :
destin = anonyme et fatal (il n'y a pas d'être suprême pour tirer les ficelles)
destinée = l'enchaînement des faits est dû à un grand ordonnateur (un dieu ou une puissance quelconque)

I. Un apologue religieux : l'exemplum
- Un personnage symbolique :
* archétype du vieux sage : barbe blanche + ermite + vieillard
*ensuite passage de l'humanité à la divinité :
o son « visage prenait les traits de la jeunesse » = éternelle jeunesse des créatures divines
o « belles ailes » = marques de l'ange
o « corps majestueux et resplendissant de lumière » = registre merveilleux, figure sacrée
o vocabulaire nettement mélioratif

- Le récit ressemble à un exemplum (= sermon religieux) :
*champs lexical de la religion (« ange divin », « Ciel », « empyrée », « ordres éternels », « vertueux », « justes », « mal », « bien », « Etre suprême », etc.)
*enseignement moral visible à travers des impératifs : « souviens-toi », « cesse », « prends »
* adoration de Zadig : « ô » répété deux fois ; « se prosternant », « te prier », « à genoux, adora […] se soumit »

- Qui est Dieu selon l'Ange (donc selon Voltaire) :
L'ange caractérise l'Etre suprême :
*il est parfait : « ordre, qui serait parfait [...]demeure éternelle de l'Etre suprême »
*il n'est que bien : « Etre suprême, de qui le mal ne peut approcher »
*il est créateur : « il a créé des millions de mondes »
*il est immensément puissant : « sa puissance immense »
o champ lexical de la multitude « millions de mondes », « variété », « deux » répété deux fois ;
o champ lexical de l'immensité : « immense » répété deux fois dans la même phrase, « champs infinis », « embrasse tout », « tout est ... »
*il est un grand ordonnateur (= met de l'ordre en toute chose) : « tout de que tu vois […] devait être dans sa place et dans son temps »
*il est comme un père : il teste, punit, récompense, prévoit

- Qui est l'homme, par rapport à Dieu ?
*Zadig utilise un vocabulaire péjoratif pour se désigner lui-même et désigner l'homme en général : « faible mortel » ; « je me défie de moi-même » ; « m'éclaircir d'un doute »
*L'ange ne fait que confirmer cela :
o les hommes sont généralement mauvais : « un petit nombre de justes répandus sur la terre »
o la terre est ridiculement petite : métaphore de l'atome + adjectif « petit » : « le petit atome où tu es né »
o les hommes pensent mal et croient penser bien (ils sont présomptueux): « les hommes […] jugent de tout sans rien connaître » ; « les hommes pensent que … et que … mais » ; « ce pêcheur qui se croyait »
o les hommes sont faibles : « faible mortel » (reprend l'expression de Zadig)


II. Le dialogue argumentatif :
- Noter d'abord qu'il place presque sur un pied d'égalité une créature divine et Zadig :
Ils se tutoient mutuellement (jusqu'à maintenant, ils se vouvoyaient)
- En réalité, Zadig se prosterne et demande la permission de parler ; l'ange finit par lui donner des ordres

- Noter tout de même que Zadig est choisi entre tous :
« était de tous les hommes celui qui méritait le plus d'être éclairé » : il est donc élu par l'Etre Suprême ;
« Orosmade t'a envoyé pour changer sa destinée » (au pêcheur) : rôle christique !

= Zadig est donc un héros, dans le sens où il est différent et supérieur aux autres hommes. Il incarne l'idéal du philosophe éclairé : humble, curieux, intelligent, soumis à Dieu.

- Point de vue de l'Ange :
* sa thèse : il faut se soumettre aux ordres éternels
* arguments variés : par analogie (« il n'y a ni … ni ... »)/ par hypothèse (« si .. et si … ») par l'absurde (« alors cette terre serait … serait ... ») / logique (s'il n'y avait que du bien, alors nous serions « dans la demeure éternelle de l'Etre suprême »)
* énonce des vérités : présent de vérité générale + adverbes généralisants (« les méchants … sont toujours malheureux » ; « il n'y a point de mal dont il ne naisse un bien » ; « mais il n'y a point de hasard ; tout est … ou … ou ... »)
* L'ange explique que le mal est nécessaire car :
o il sert à « éprouver un petit nombre de justes » (= test pour vérifier si les justes sont vraiment justes)
o « tout est épreuve ou punition » (= test pour les Justes ou punition pour les méchants)
o sans le mal, « cette terre serait une autre terre » (arg. par l'absurde)

- En face, Zadig hésite :
*oppose des objections : chacune de ses répliques commence par « mais » (quatre fois)
* Mais ses objections ont la forme interrogative : Zadig n'affirme rien, contrairement à l'ange, il s'interroge (« oserai-je te prier de m'éclaircir un doute » + trois phrases interrogatives)
* Finalement, Zadig « se soumit », non pas grâce aux arguments de l'ange (il oppose un dernier « mais » auquel l'Ange ne répond pas), mais parce que l'ange prend son envol = il perd son interlocuteur !

III. La philosophie de l'Ange, de Leibniz, de Voltaire ...

- Enseignement de l'ange (et à travers lui, Voltaire lorsqu'il était jeune … il a bien changé ensuite, par exemple dans Candide):
*Montrer à Zadig qu'il doit se soumettre à la Providence (Orosmade) : « cesse de disputer contre ce qu'il faut adorer »
*Montrer à Zadig que Dieu sait ce qu'il fait : « il n'y a point de hasard », « il n'y a point de mal dont il ne naisse un bien ».
*Donner un sens aux aventures de Zadig, éclairer l'oeuvre : la destinée dirige tout.
*Montrer que tout est voulu et décidé par Dieu, Zadig n'a donc plus qu'à accepter.

- La philosophie de Leibniz (dont s'inspire donc Voltaire jeune) :
« Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes » répète Pangloss, le philosophe de Candide, faisant l'écho de Leibniz (dans son Essai de Théodicée)
Notre monde est le meilleur des mondes possibles ; s'il y a du mal, c'est uniquement parce que de tout mal naît un bien.
Il n'y a pas de hasard : la destinée est réglée par Dieu. Si le monde nous semble incohérent, c'est parce que nous sommes limités. Mais Dieu sait ce qu'il fait (il est malin, lui !).

Conclusion : un chapitre clé qui permet à Voltaire d'exposer sa conception de Dieu et sa philosophie de la destinée ; récit d'apprentissage dans lequel Zadig apparaît comme un "élu" de Dieu.

samedi 3 avril 2010

La Mort et le Bûcheron - La Fontaine

Quelle est la morale de cette fable ?
Pour provoquer un peu, on peut proposer différentes reformulations :
L'homme est masochiste (il préfère souffrir que mourir) / L'homme aime se plaindre / La vie est difficile

I- Le fabuliste suscite la pitié en peignant le portrait d'un "pauvre Bûcheron".

A) La pauvreté s'entend d'abord au sens littéral, d'un point de vue pécuniaire :

- le bûcheron est pauvre :
* champ lexical de l'argent : "pauvre" au vers 1 + vers 8, précédé du superlatif "plus"
* verbe polysémique "gagner", au vers 4 = "acquérir un avantage".

- il est pauvre à cause de son travail et de l'Etat
* Cette pauvreté s'explique par le métier de l'homme, un "bûcheron", activité symbolique dans la littérature classique, (cf misérables familles de bûcheron que Perrault met en scène à la même époque dans ses contes)
* vers 10 et 11, dans l'énumération des malheurs, plus de la moitié d'entre eux concerne les finances.
* c'est en partie l'Etat qui appauvrit le bûcheron, puisque deux des trois problèmes financiers sont imputables aux taxes : "les impôts", vers 10, et "la corvée", vers 11, et que "les soldats" à nourrir sont également le fait du Roi.
=> Le bûcheron n'est donc pas responsable de sa misère, ce qui accentue l'indignation du lecteur.

- les manifestations de cette pauvreté sont concrètes :
* l'homme habite une "chaumine", autre nom péjoratif de la chaumière,
* il n'a quelquefois "point de pain".
* Si ses besoins vitaux ne sont pas satisfaits, comment pourrait-il, a fortiori, avoir des "plaisirs" ? C'est ainsi que la question rhétorique, au vers 7, insiste sur l'absence de joie dans la vie du vieil homme.


B) La pauvreté psychologique

- le bûcheron a des soucis :
* Le sens de l'adjectif, lorsqu'il est antéposé au nom, comme ici dans le premier vers, a un sens plus psychologique : il signifie que l'homme a une vie pleine de soucis.
* vers 10 et 11, il égrène ses problèmes dans un alexandrin très rythmé puis un octosyllabe qui rompt brusquement la cadence : cette monotonie semble avoir bercé l'existence du personnage, "depuis qu'il est au monde", et une brusque prise de conscience de ses malheurs le font mettre "bas son fagot".

- le travail remplit l'espace :
* Il est usé par son travail, qui occupe une place importante dans les six premiers vers : le nom "fagot" est répété à deux reprises, aux vers 2 et 6, la première fois pour évoquer son poids, la seconde au contraire pour s'en délester ;
* il fait écho à la "ramée" du vers 1, qui emplit la vie du bûcheron à tel point qu'il en est "tout couvert".
* sa chaumine, son espace de vie, est "enfumée", c'est-à-dire tout emplie de la fumée dégagée par le bois brûlé. Le bûcheron est comme voué à l'asphyxie à cause de son travail.
* la mise en balance du poids du fagot avec celui des années accentue cette idée que toute l'existence de l'homme a été consacrée au travail.

- le bûcheron est fatigué :
* L'effort physique fourni est rendu sensible à travers l'allitération en [r] des premiers vers,
* idée de pesanteur : "le faix", les "pas pesants", l'"effort" et la "douleur"
* rythme martelé des premiers alexandrins, assemblés en une seule phrase.
* L'absence de repos est comparée à la rareté du pain, dans le chiasme du vers 9 : cela souligne la fatigue d'un travail effectué le ventre vide.
* l'âge avancé de l'homme ajoute à la pitié que l'on peut ressentir pour lui.
* La conséquence immédiate de l'effort se lit dans la courbure du corps et dans les "gémis-sements" au vers 3.

- le bûcheron est « à bout » :
* l'adverbe "enfin" au vers 5 signale une rupture, un achèvement
* il est corroboré par la négation "ne ... plus"
* la mise à bas de la charge au vers suivant
* l'adjectif "achevée" au vers 12.
=> Le bûcheron prend conscience de sa triste condition et va entamer un monologue élégiaque.

* Celui-ci est encadré par le nom "malheur" au vers 6, puis l'adjectif substantivé "malheureux" au vers 12.
* Cette circularité, reprise dans la métaphore de la "machine ronde" au vers 8, ôte tout espoir de changement :
* l'énumération des vers 10 et 11 l'enferme dans un cercle sans échappatoire.
* Il n'est plus le sujet de la phrase qui commence au vers 10, il n'en est que le complément d'objet : "lui", au vers 12, montre qu'il est assujetti aux soucis familiaux ou financiers.
=> Cette passivité, conjuguée au chant plaintif et à l'appel de la mort, apporte une tonalité tragique au monologue.

Le narrateur utilise donc des registres propres à émouvoir : pathétique, élégique, tragique.
Le récit va de l'action à la réflexion, jusqu'à l'appel de la mort


II. Le sens de la morale et la manière dont elle est amenée

A. Une fable « à chute »

- une chute vive et dynamique :
* rapidité du passage (en 4 vers, la fable change totalement de registre : ironique)
* allégorie de la mort (mort personnifiée)
* le mélange des types de discours : direct (pour le bûcheron), indirect (pour la Mort)
- La réponse du bûcheron retourne totalement la situation :
* discours direct (jusqu'à maintenant, seulement indirect ou indirect libre)
* rythme haché (proposition incise, virgules)
* réponse inattendue par rapport au pathéthique du début
* ironie de la situation : « il met bas son fagot » = il veut en finir ; mais il demande à la mort de l'aider à « recharger ce bois » = continue à vivre ; le fagot comme symbole de vie.
- L'ironie de la morale :
* le v. 17 énonce un paradoxe : « le trépas vient tout guérir » = la mort comme remède !
* « où nous sommes » = périphrase désignant la vie, l'ici et maintenant (le hic et nunc)
* rime interne au vers 19 [ir] => souffrir, mourir, guérir = comme un r[ir]e ironique ?

B. Des thèmes universels

La Fontaine aborde des thèmes universels :
- le tragique de notre condition humaine : la vieillesse / la souffrance / la mort
- l'argent : on n'en gagne pas suffisamment / on en dépense trop / on accuse les autres
- la « peinture » des pauvres de son époque :
* « une peinture achevée » v. 12 comme un tableau de Courbet
* Comme un conte de Perrault (la condition de vie des paysans sous Louis XIV : trop d'impôts, la corvée, les soldats)

C. Une généralisation progressive

- d'abord un cas particulier :
* un bûcheron vieux (« aussi bien que des ans ») et très pauvre (« pauvre »)
* « son », « sa », « ses » = on évoque son entourage, ses maigres possessions
- le bûcheron représente en réalité tout le monde :
* Noter la majuscule au nom « Bûcheron » => généralise à la paysannerie
* aucun indice spatio-temporel => universel
* le nom « bûcheron » est remplacé par le pronom « il » qui pourrait désigner tout un chacun
* des termes globaux : « tout » v. 1 et 17 ; « monde », « machine ronde »
* le monologue intérieur pourrait être celui de n'importe qui, aujourd'hui encore !
- une morale universelle :
* présent de vérité générale (« vient »)
* impératif incluant le narrateur, le personnage, le lecteur
* « nous » : inclut également tout le monde
* « guérir », « souffrir », « mourir » = infinitifs : la généralisation verbale (sans temporalité)
* « des hommes » = l'humanité en général


Conclusion : la fin de la fable invite à une relecture : on peut voir dans le tableau du pauvre une caricature de pathétique. On peut se demander si La Fontaine ne se moque pas de la propension que nous avons tous à nous plaindre de la vie … On doit se rappeler que le fabuliste est un janséniste (bien qu'il semble mener une vie de plaisirs !).



Le jansénisme est une doctrine religieuse et morale du XVIIe siècle qui doit son nom à l'évêque d'Ypres, Cornélius Jansenius (1585-1638). Son ouvrage, l'Augustinus, publié en 1640, provoque un grave débat entre les jansénistes, partisans de cette doctrine inspirée de celle de saint Augustin (354-430), et les Jésuites.
Jansénius prétend que le péché originel a fait perdre à l'homme sa liberté, et que la grâce est uniquement accordée par la volonté de Dieu selon une prédétermination "gratuite", donnant ainsi peu de part au libre arbitre. Blaise Pascal (1623-1862) est l'un des défenseurs du jansénisme. Le pape Innocent X condamne le jansénisme comme hérésie en 1653. Le jansénisme, prônant l'austérité et une vertu rigide, influence la bourgeoisie parisienne et la noblesse de robe et devient un instrument d'opposition politique au pouvoir royal.
(source : http://atheisme.free.fr/Religion/Definition_j.htm)

dimanche 28 mars 2010

Les animaux malades de la peste, La Fontaine

Livre VII, 1

5 parties dans cette fable :
le tableau terrifiant de la Peste
le discours du lion
le discours du renard et des autres animaux
le discours de l'âne et ses conséquences
la morale

Remarque : la plus grande partie de la fable est donc organisée autour de discours directs
=> importance de la parole, réflexion sur ce que l'on peut dire ou pas.
Remarquer également la gradation dans les locuteurs : du plus au moins important

1) Tableau de la Peste (v.1 à 14):
La 1ère phrase couvre 6 vers : dramatisation de la Peste : le mot n'est « lâché » qu'au vers 4, après une anaphore du « mal ».
La Peste = le Mal par excellence dans la littérature, depuis l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui (voir dans Oedipe Roi de Sophocle, ou dans La Peste de Camus).
Noter la majuscule = personnification de la Peste (voir aussi « faisait aux animaux la guerre »)
« Puisqu'il faut l'appeler par son nom » : dramatisation encore
Champ lexical de la tragédie : « terreur », « fureur », « crimes », « Achéron », « guerre ».
Allitération en [r] : augmente la terreur
Cette Peste est une punition des dieux : « le Ciel » « punir les crimes », exactement comme dans la mythologie (noter aussi le nom « Achéron », rivière que les morts devaient traverser pour accéder aux Enfers, dans la mythologie grecque).
« Capable d'enrichir en un jour l'Achéron » : la Peste fait tellement de morts que ceux-ci, qui devaient payer pour pouvoir traverser la rivière, l'ont enrichie rapidement.

Conséquences de la Peste :
- Insistance sur la mort : « Achéron », « mouraient », « mourante vie »
- Mais également sur les divers aspects de la vie :
beaucoup de négations du v. 7 au v. 14 (ne … pas / ne … point / nul … n' / ni … ni … ne / plus d'... plus de …) = perte de vie
insistance sur le fait que ça touche tout le monde, même ceux qui ne meurent pas : anaphore de « tous » au v. 7 ; énumération des animaux ( loup, renard, tourterelles)
absence de plaisirs de la vie : la gourmandise (« nul mets n'excitait leur envie »), la chasse (« n'épiait … proie »), l'amour (« plus d'amour »), la joie (« plus de joie »)
La Peste finit par dénaturer les animaux : les symboles sont brisés : la tourterelle n'est plus l'amour ; le loup et le renard ne sont plus des prédateurs.

2) le discours du lion (v. 15 à 33)
Le lion chez LF = le roi (attention, pas nécessairement Louis XIV)
« tient conseil » : on est bien dans le conseil du Roi, donc composé d'écclésisatiques, de nobles, de bougeois, de légistes.
On aurait donc tort de considérer l'âne comme un paysan ou un membre du petit peuple.

Le Roi se place au même niveau hiérarchique que les membres du conseil, semble modeste :
apostrophe « mes chers amis » : registre affectueux (et hypocrite ? Les membres du conseil sont-ils tous les amis du roi ?!) ; se met au même niveau que les autres.
Modalisateurs : « je crois que », « peut-être », « l'histoire nous apprend que » : ici encore, se place en position d'infériorité par rapport au Ciel, donc au même niveau que les autres
« nos péchés » / « de nous » / « commune » : le lion s'inclut encore dans le groupe des animaux.
Registre tragique : « Ciel », « péchés », « coupable », « se sacrifie », « courroux »

Puis il donne l'exemple (« pour moi ») en avouant sa faute (« j'ai dévoré force moutons ») « sans indulgence » comme il le demandait précédemment (v. 23).
= roi très honnête, trop honnête ? il accentue sa faute en évoquant sa gourmandise « appétit glouton », et le fait qu'il n'était pas en légitime défense : « nulle offense ».
La chute a un effet comique : « Le berger » par sa brièveté (vers de 3 syllables !) + la gourmandise ultime, comme la cerise sur le gâteau !

Le Lion apparaît comme un noble personnage, vaillant , endossant ses responsabilités : « je me dévouerai donc, s'il le faut »
Mais ce courage est immédiatement atténué par le connecteur « mais », qui implique qu'il y aura des animaux plus coupables que lui : « que le plus coupable périsse ».
La décision relève de la « justice » v. 32, mais il n'est pas dit de quelle justice : quels sont les critères que le lion retiendra pour trouver le « plus coupable » ?
=> justice inique, puisque la loi n'est pas clairement définie.

Art rhétorique du lion très maîtrisé :
figures de style : hyperbole (« appétits gloutons »),
dialogue à l'intérieur du discours (« que m'avaient-ils fait ? Nulle offense »)
discours structuré : exposé des faits / « donc » conclusion / « mais » nuance/ « car » argument supplémentaire.

=> le Lion se présente comme un personnage honnête, qui montre l'exemple ; en réalité, il ne craint rien, puisqu'il est le roi et que c'est lui qui décidera du « plus coupable ». Manipulation des membres du conseil. Ceux-ci vont-ils être dupes ?

3)Le discours du renard et des autres animaux (v. 34 à 48)

Il ne s'agit absolument pas d'un aveu, mais d'un plaidoyer en faveur du roi :
Le renard commence par flatter le roi :
* lexical des qualités : « trop bon », « vos scrupules », « trop de délicatesse », « beaucoup *d'honneur » = la bonté et la douceur
toujours précédées d'adverbes de quantité (trop, beaucoup)

Il utilise des arguments disculpant totalement le roi :
*être mangé par le roi est un honneur que les victimes ne méritent pas
*avoir mangé le berger est un bienfait pour les animaux (puisque celui-ci prenait le pouvoir sur eux, de manière illégitime)

Il manie, lui aussi, parfaitement l'art rhétorique :
* Apostrophes pleines de déférence (= de respect) : « Sire, « Seigneur »
*Multiples types de phrase : ! ? ; .
*Phrases très rythmées : deux alexandrins à la suite (v. 36 et 37), au rythme irrégulier
*Figures d'insistance : répétition (« trop … trop ... », « non, non ») ; énumération (gradation ?) : « mouton, canaille, sotte espèce » ; hyperboles (« trop bon », « digne de tous les maux »)

=> le renard flatte donc doublement le roi, d'un part avec le vocabulaire, d'autre part en faisant passer pour vertus les fautes du roi.
… cela lui permet de passer sous silence ses propres fautes ! Rusé, le renard !

Le narrateur passe très rapidement sur les aveux des animaux : en 5 vers, il les évoque, sans expliquer en quoi consistent les fautes : elles n'ont pas d'importance en réalité ; qu'elles soient importantes ou pas, puisque ce sont des « puissances » qui avouent, elles ne pèsent pas.
Remarquer les animaux choisis pour illustrer ces « puissants » : « tigre » et « ours », deux animaux dangereux, « mâtin » = gros chien de garde.

Ton ironique :
au vers 46 : « les moins pardonnables » = euphémisme (les offenses, en réalité, sont toutes impardonnables, vus les animaux !)
au vers 48 : « au dire de chacun, étaient de petits saints » : discrète intervention du narrateur qui sous-entend l'inverse de ce qui est dit (antiphrase)= insiste sur la pratique de la « langue de bois » dans l'entourage du roi : dissimulation d'une réalité gênante pour tous (il serait inconvenant de se rendre compte que tous les membres du conseils du roi sont coupables de forfaits !)

4)Le discours de l'âne (v. 34 à 48)

Un discours honnête (voir le rythme fluide, sans cassure) qui obéit à l'injonction du roi « soyons sans indulgence » au v. 23 ».

Il reprend exactement les éléments du discours du roi :
*la faute = « je tondis de ce pré la largeur de ma langue » (le roi : « j'ai dévoré force moutons » + le berger)
*la raison : « la faim » (le roi : « satisfaisant mes appétits gloutons »)
*circonstance agravante : « je n'en avais nul droit » (le roi : « que m'avaient-ils fait ? Nulle offense »)

Pourtant, la faute est un peu atténuée (l'âne a confiance : il sait que sa faute n'est rien comparée à celles déjà rapportées) :
« j'ai souvenance », « un pré », « je pense », « quelque »

En même temps, l'âne est précis :
« la largeur de ma langue », « nul droit », « parler net ».

=> faute ridicule par rapport à celle du roi, et circonstance très atténuante : l'âne a agi par faim (le roi, par gourmandise).

Réaction du conseil :
« à ces mots » : la réaction est immédiate, « on » est trop content de trouver une victime !
« on » cria … = « on » généralisant (tout le conseil est d'accord pour accuser l'âne)

Ironie : le loup représente celui qui a de vagues connaissances en droit « quelque peu clerc », mais déjà doué en rhétorique : « sa harangue ».

Ses arguments : un argument ad hominem (« maudit », « pelé », « galeux ») => c'est donc la personne même de l'âne qui est fautive, pas la faute elle-même !

Antithèse mettant en opposition le jugement du narrateur (« sa pécadille ») et celui du conseil (« crime abominable »).
Ironie lorsque le narrateur rapporte les pensées du conseil (par le biais du loup) au style indirect libre : fausse indignation du conseil ; le narrateur n'est pas dupe, le lecteur non plus (connivence).

5)La morale (v. 63 et 64)

« vous » répété 2 fois : le narrateur s'adresse au lecteur
« serez » + « rendront » , futur de vérité générale (comme le présent de vérité générale)
Blanc / noir : symbolisme des couleurs (blanc = déclaré innocent ; noir = déclaré coupable)
« les jugements de cour » : La Fontaine prend soin de préciser qu'il ne s'agit pas des jugements en général, mais bien de ceux de la cour
=> il ne s'agit pas d'une satire de la justice, mais d'une mise en garde sur le fonctionnement de la Cour : ce ne sont pas les règles « normales » qui s'appliquent, mais de nouvelles règles, qu'il vaut mieux connaître.

= sur l'amoralité à la Cour (= le fait qu'il n'y ait pas de morale, seulement une échelle de valeur calquée sur la valeur sociale des animaux)

vendredi 5 mars 2010

Le Bûcher, chap. XI de Zadig

Intro
Chap 6 : Le bûcher, extrait de Zadig, Voltaire, 1748
Voltaire, siècle des lumières (18ème)
Mise en contexte : Zadig s'est enfui de Babylone parce qu'il est tombé amoureux de la Reine ; il a été réduit en esclavage et vendu à Sétoc, un Arabe « porté au bien » et doté de « bon sens ».
Cet extrait dénonce certains rites religieux absurdes et irrationnels.
(Problématique possible : Que dénonce cet extrait ?)

1)L'épisode «Sétoc »
Noter l'introduction un peu ironique avec l'oxymore : « son esclave son ami intime »
Sétoc a une croyance absurde : il adore « l'armée céleste, c'est à dire le soleil, la lune et les étoiles ».
Dialogue argumentatif entre les deux amis.

Arguments absurdes de Sétoc :
- « si loin de nous que » (= parce que qu'ils sont loin, alors on doit les adorer) l.8
- astres « éternels »+ « animent la nature »+ « règlent les moissons » (= parce qu'ils sont éternels et naturels)
- « trop brillantes pour que » (= parce qu'ils sont brillants !) l.12

Discours logique de Zadig = représente la raison
- Argument par l’absurde : l.10 et 11 : « Pourquoi ne serait-elle pas … ? » = question rhétorique
- Argument logique : « Et si… vous devez… » l.10 et 11
- Arguments par analogie : « Enfin … roches »l 5 et 6 ; « Ancienne » « éloigné » l 10 et « qui est aux extrémités » l.11 ; « Des eaux… » l 9

Echec de cette argumentation logique :
- Négation répété : « mais » l. 6 et « Non » l.11 par Sétoc
- Argument impossible à contrer car trop absurde « trop brillante pour que » l.12

D'où recours à la persuasion :
Zadig n'a pas réussi à convaincre Sétoc par ses arguments, il met donc en scène une situation absurde : il se met en position de prière (« à genoux ») et prie des bougies (« leur dit »). Il fait la satire de Sétoc (« je fais comme vous » l.16).
Il apostrophe les bougies : « Eternelles et brillantes clartés » en reprenant les 2 arguments de Sétoc (sur la brillance et l'éternité).
Il ignore délibérément Sétoc (« sans regarder Sétoc » l.15) // « je néglige leur maître » l.16-17

Cet apologue persuade Sétoc :

« Que … ? » + « étonné » = la provocation de Zadig est efficace puisqu'elle suscite la réaction de Sétoc : « comprit » + « sens profond » + « sagesse » + « apologue » = Sétoc est enfin persuadé.

=> échec de l'argumentation, victoire de l'exemple (de l'apologue)... ce qui permet en même temps à Voltaire de justifier son propre apologue, Zadig.

2)L'épisode du bûcher

Description du fanatisme religieux
Le narrateur porte un jugement de valeur sur la coutume :
« coutume affreuse » l.19 + « horrible coutume » l.26
Ce jugement est ensuite relayé par Zadig (point de vue interne) : « usage si barbare » l.28

Cette coutume est assimilée à un ennemi : champ lexical de la guerre : « menaçait », « envahir » l.19-20
Les termes de morale sont toujours employés avec des termes de torture par le feu :
« voulait être sainte, elle se brûlait » l.21 ; « la tribu dans laquelle … le plus de femmes brulées était la plus considérée » l.23
Pour ajouter à l'horreur, une pointe de cynisme : « le bûcher du veuvage », nom ironique qui donne un caractère joyeux à un acte horrible (« fête solennel » l.22 + « au son des tambours et trompettes » l.25 !)

Argumentation de Zadig pour arrêter cette coutume :
- Arguments donnés à Sétoc :
« contraire au genre humain » = argument philosophique
« veuves qui pouvaient donner des enfants à l'Etat » = argument économique
- Réponse de Sétoc = un certain fatalisme :
« il y a plus de mille ans » = argument d'autorité, où le temps est l'autorité (« consacré », « respectable ».
- Contre-argument de Zadig : la raison est encore plus vieille que cette coutume (conclusion implicite : donc elle est plus respectable encore, donc il faut l'écouter).

Stratégie argumentative de Zadig envers Almona :
Encore une fois, persuader plutôt que convaincre : Zadig commence par « séduire »(// il avait commencé exactement de la même manière avec Sétoc, l. 5 : « avec beaucoup de discrétion ») = il fait preuve de beaucoup de psychologie :
Vante ses qualités physique (« beauté », « charmes ») et morales (« constance », « courage »).
Puis dialogue argumentatif :
Arguments d'Almona pour se brûler :
- « Il faut en passer par là » (= sens du devoir totalement absurde : pourquoi « il faut »?) l 37
- « Je suis dévote ; je serais perdu de réputation ») l.38
Zadig fait ressortir l'absurdité de la décision :
- Almona n'aimait pas son mari (énumération : « c'était un brutal … » l. 35 )
- Elle éprouve de la peur à se brûler (« ah! » + « frémir » l. 37)
Zadig la persuade très rapidement :
- argument moral : c'est la vanité qui pousse Almona (car elle sa brûle pour être admirée des autres)
- argument épicurien : « faire aimer un peu la vie »
+ euphémisme ironique (« quelque bienveillance pour celui …) = elle est tombée amoureuse de lui.

Portrait moral de Zadig pour finir (on croirait un passage de la Bible, par exemple celui du Roi Salomon) :
- digne d'être aimé, même d'une dévote (c'est dire !)
- loyal envers sa dulcinée (« trop rempli de l'idée d'Astarté »)
- courageux puisqu'il va trouver les chefs des tribus (il n'est pas dit comment il les persuade, mais on lui fait confiance pour accomplir cette tâche avec efficacité)
- Héroïque : « au seul Zadig », « détruit en un jour … durait depuis tant de siècles » (antiphrase), « bienfaiteur de l'Arabie »

Conclusion :
Des Personnages stéréotypés :
- Zadig = raison car arguments tout le long du texte
- Almona = femme du peuple ne vivant que de la religion (dévote) + superficielle
- Sétoc = homme fasciné par des objets mais a su évolué au niveau de Zadig
+ Ironie de Voltaire tout au long du texte.
+ Dénonciation du fanatisme religieux qui aveugle les gens et conduit à la mort, sans aucune raison !

Le Loup et l'agneau, La Fontaine

Introduction :
Fables, écrites en plusieurs livres. Ici, Livre I, fable 10.
La Fontaine, XVIIème siècle. Ses fables ont toujours plusieurs degrés de lecture (c'est ce qui en fait la richesse).
Le Loup et l'agneau : La morale a plusieurs niveaux de lecture :
« La raison » = la cause ? la thèse ? la vérité ? Le bon sens ? la sagesse ?
« Plus fort » = sur un plan physique ? Intellectuel ? Par autorité ?
« La meilleure » = d'un point de vue moral (c'est la mieux) ? Economique (la plus efficace) ?

La morale peut donc avoir plusieurs sens :
"l'argument donné par le plus fort est toujours celui qui l'emporte"
"le bon sens du plus fort est toujours le plus moral"
"la faculté mentale du plus fort est toujours la plus morale"


=> il faut lire le récit pour comprendre ce que signifie cette morale
(ça peut être une problématique d'analyse : quel sens donner à la morale ou comment comprendre la morale ?)

Une histoire facile à comprendre, comme un conte de fées :
Situation initiale : l’agneau boit (V. 1)
Elément perturbateur : Loup survient (V. 2)
Péripétie : Dialogue (V. 7 à 26)
Résolution : Le loup l’emporte (V. 27, 28)
Situation finale : le loup le mange (V. 28, 29)


V.1 Agneau = Blanc - Petit – doux – inoffensif (voir les contes de fées)
= connotation biblique => sacrifice
Associé au mot « pure » dans « onde pure »
Octosyllabes amples, qui coulent comme l'eau.

V. 2 Loup = le mal (voir les contes de fées où le loup est méchant)
« survient »= présent dans un texte au passé = présent de narration
= brusquerie de l’arrivé
« à jeun » renforce sa faim, sa dangerosité
« qui cherchait aventure » = personnalité querelleuse (n'a pas seulement faim, auquel cas il serait excusable, mais c'est un fauteur de trouble)

V.7 = Début du procès :
Attaque verbale du loup qui marque sa puissance :
*« Qui te rendi si hardi … » = Question rhétorique
* tutoiement
* s’approprie la rivière
* « plein de rage » = lié à la faim (+ discrète présence du narrateur qui porte un jugement de valeur sur le loup « plein de rage »)
* « Tu seras châtié » = le loup donne tout de suite le verdict du procès ! = injustice, puisqu'il n’attend même pas la réponse de l’agneau.
* Emploi du futur « seras » = caractère inévitable du châtiment … = Tragédie ! (une tragédie : quand on sait que l'un des personnages va mourir, qu'il n'y peut rien, c'est écrit d'avance ...)
* Le loup est à la fois juge et partie, donc jugement faussé dès le départ
=> Peu de raison, mais de la mauvaise foi de la part du loup.

V.10 à 17 : Soumission de l’agneau :
« Sire » + « Sa Majesté »
S'adresse au loup à la 3ème personne « Elle »
Emploi du subjonctif « qu'elle considère », plus doux que impératif
«  sa boisson » // «  mon breuvage » v.7 => l'agneau reconnaît prudemment que la rivière appartient au loup !

Esprit rationnel et logique de l'agneau (essaie de démontrer son innocence)
- « 20 pas » (= faits vérifiables, précis, mathématiques)
-Discours organisé : intro/conclu + connecteurs logiques (« mais »/ « par conséquent »)

V.18 : mauvaise foi du loup : « Tu la troubles » = affirme sans argument et sans entendre les arguments irréfutables de l'agneau
« bête cruelle » : le narrateur porte encore un jugement sur le loup + prolepse (annonce le dénouement, où le loup mangera l'agneau), ce qui n'est pas une surprise, le lecteur l'aura bien compris, le loup n'a pas besoin d'argumenter pour agir comme il lui plaît.) // « animal plein de rage »
V.19: Changement de chef d'accusation (« et je sais que ») sans citer ses sources d'information : avant, le chef d'accusation était : l'agneau trouble l'eau ; comme cet argument a été détruit par l'agneau, le loup en trouve un autre : « de moi tu médis l'an passé ».

V.20 : Réponse de l'agneau avec une question rhétorique (= supériorité intellectuelle de l'agneau) + une réfutation de l'argument du loup.
Insistance sur la jeunesse de l’agneau (« je tette encor »)=> cruauté du loup

V. 22 : Fausse démonstration logique du loup (« si », « donc ») + accusation totalement injuste : l'agneau devrait porter la responsabilité de la faute de son frère ! Mais est-on responsable des actions de son frère ? Y a-t-il une responsabilité familiale ?!

V.23 : réponse très courte de l’agneau (tragédie encore : il sait que ça ne sert plus à rien de se défendre), un demi vers : parle de moins en moins. Sait que le loup n'écoute pas ses arguments ; que la mauvaise foi préside au dialogue.mais argument irréfutable !

V.23 : Encore mauvaise foi du loup, sous couvert de logique (« donc », « car »)
« Vous » , « vos » + « des tiens » = met tout le monde dans le même panier
Se pose en victime « vous ne m'épargnez guère » Mauvaise foi encore.
V.26 : « on » = rumeur ? Pseudo argument d'autorité où la rumeur fait office de vérité.
V.26 : « il faut que je me venge » : le loup montre qu'il défend son honneur (voir les duels dans lesquels des gentilhommes offensés défendaient leur honneur) => se fait passer pour un personnage de mérite …
V.27 : la forêt = lieu symbolique (voir les contes de fées) : lieu de sauvagerie, éloigné de toute humanité, sans aucun règle sociale.
Accentué par « au fond des »

« Le loup l'emporte » : polysémie du verbe « emporter » : 1) emporter quelque chose = le porter avec soi ; 2) l'emporter sur quelqu'un = gagner, être le plus fort ...

« sans autre forme de procès » : là encore, légère intrusion du narrateur qui constate la pauvreté et l'iniquité (l'injustice) du procès.

Conclusion: qu'apporte le récit à la morale ?
Il l'explique : la raison = la volonté ; le plus fort = le plus fort physiquement ; la meilleure = la plus efficace.

Attention : La Fontaine n'agrée pas (n'est pas d'accord avec) cette morale, il fait seulement un constat (on a vu qu'il condamnait le loup lorsqu'il le qualifie de « bête cruelle »).

La morale est souvent vue comme une satire de la justice (expéditive et inique).
Plus largement, elle dénonce toute forme d'abus de pouvoir (« le plus fort »), qui tenterait de se légitimer (de se donner « raison ») par des arguments.

On peut mettre cette morale en relation avec l'affaire Fouquet (1662) : voir ici pour des précisions (attention, évitez de dire que LF a écrit cette fable pour dénoncer la justice de l'affaire Fouquet ; il avait certainement cette affaire à l'esprit, mais cette fable a une portée beaucoup plus large).

Une question : pourquoi le loup éprouve-t-il le le besoin de justifier son acte ? Mauvaise conscience ?