Voici, en vrac, les questions qui vous ont été posées lors des oraux blancs, sur la Séquence II : Zadig
- Quels sont les combats des philosophes des Lumières ?
- Qui est Zadig ?
- Qui sont les philosophes des Lumières ?
- Quelle ouverture pouvez-vous faire sur l'actualité ? / Cette question soulevée par Voltaire est-elle encore actuelle ?
- Quels sont les personnages féminins dans Zadig ?
- Est-ce que le Bûcher du veuvage est encore d'actualité ?
- Quelle est la forme de cette fable ?
- Dans quel autre livre Voltaire critique-t-il la Justice ?
- Qu'est-ce que le sati ?
- En quoi Zadig est-il un conte ?
- Quel lien y a-t-il entre la LA "Un ministre éclairé" et le chapitre sur l'ermite ?
- Quelles sont les différentes valeurs du présent ?
- Quels sont les thèmes traités dans Zadig ?
- Que combat / critique Voltaire ?
- Qu'est-ce qu'une encyclopédie ?
- Qui a écrit l'encyclopédie ? Où en trouve-t-on aujourd'hui ?
- Qu'est-ce que le fanatisme ?
- Expliquez le sous-titre du livre "ou la destinée".
- Expliquez le sens du livre
- Qu'est-ce que l'affaire Calas ?
- Qu'est-ce qu'une utopie ?
- Qu'est-ce qu'un apologue ?
- Que sont les Lumières ?
- Quel est le rôle de l'ermite ?
- Que connaissez-vous de la biographie de Voltaire ?
- Quel est le contexte historique au moment de de Zadig ?
- Quel est le procédé favori de Volatire pour dénoncer ?
- Sur quelle oeuvre majeure les philosophes contemporains de Voltaire ont-il travaillé ?
- Trouvez-vous que la censure est moins présente de nos jours ?
- Quelle est la différence entre "convaincre" et "persuader" ?
- Qu'est-ce que l'ironie ? Voltaire l'utilise-t-il dans l'extrait étudié ?
- Que s'est-il passé au XVIIIème siècle ?
- Contre quoi se battaient les philosophes des Lumières ?
- Quelle religion était persécutée ? Quelle affaire l'illustre ? Comment Voltaire y a-t-il pris part ?
- Si Voltaire était revenu au XXème siècle, qu'aurait-il dit ?
- Zadig est-il un personnage ordinaire ?
- Qu'est-ce qu'une morale ?
- (STI) Qu'ont en commun Perrault et La Fontaine ?
- (STI) Quel est le siècle de Charles Perrault ?
- La Fontaine prend-il la défense de l'âne dans "Les animaux malades de la Peste" ?
- Quels sont les points communs entre "Les animaux malades de la Peste" et les contes philosophiques ?
- Quelles lectures avez-vous étudiées en complément de la séquence ?
Affichage des articles dont le libellé est Zadig. Afficher tous les articles
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mercredi 3 avril 2013
mardi 12 mars 2013
Pour réviser : des problématiques sur les LA
Quelques idées de problématiques possibles sur toutes les L.A. :
La Mort est mon Métier
LA1 : (incipit)
- Cet incipit remplit-il ses fonctions ?
- Comment cet incipit met-il en place l'intrigue du roman ?
- En quoi cet incipit éclaire-t-il le reste du roman ?
- En quoi cet incipit donne-t-il des indices sur la future personnalité de Rudolf ?
LA2 : (entretien avec le Directeur de prison)
- Pourquoi cette scène est-elle importante dans le roman ? (qu'apporte cet extrait au roman ?)
- Que nous révèle cet extrait comique sur la personnalité de Rudolf ?
- Pourquoi le personnage du Directeur est-il intéressant pour étudier la personnalité de Rudolf ?
- Quelle stratégie le Directeur met-il en place pour cerner la personnalité de Rudolf ?
LA3 : (découverte du Cyclon B)
- Que nous apprend cet extrait sur le personnage de Rudolf ?
- Comment cet extrait révèle-t-il la double personnalité du personnage ?
- En quoi consiste la folie de Rudolf selon cet extrait ?
- Selon cet extrait, en quoi le personnage de Rudolf est-il monstrueux ?
LA4 : (exipit)
- Montrer que cette scène ne permet pas de comprendre le personnage Rudolf.
- Quelle est la stratégie du procureur pour comprendre Rudolf ?
- Montrer que cet extrait présente deux mondes étrangers l'un à l'autre
- En quoi cet exipit est-il dérangeant ?
Zadig
LA1 : (Le Chien et le Cheval)
- Que critique cet extrait et comment ?
- Comment Voltaire critique-t-il la Justice dans cet extrait ?
- En quoi cet extrait est-il caractéristique des Lumières ?
- Montrer que cet extrait est un apologue
LA2 : (Le Ministre)
- Comment Voltaire présente-t-il un idéal de Justice ?
- Montrer qu'il s'agit d'un apologue caractéristique des Lumières
- Quelles valeurs Voltaire transmet-il dans cet extrait et comment les transmet-il ?
- En quoi cet extrait est-il caractéristique du conte philosophique ?
LA3 : (Le Bûcher)
- Que critique cet extrait et comment ?
- Comment Voltaire critique-t-il le fanatisme dans cet extrait ?
- En quoi cet extrait est-il caractéristique des Lumières ?
- Montrer que cet extrait est un apologue
LA4 (l'Ermite) ES uniquement :
- Pourquoi ce chapitre est-il fondamental dans le conte de Voltaire ?
- Quel enseignement apporte ce chapitre sur la question du Mal et de la destinée ?
- Comment cet extrait illustre-t-il la philosophie de Leibniz ?
- En quoi ce dialogue est-il argumentatif ?
LA4 (Les animaux malades de la Peste) STI uniquement :
- Que critique cette fable et comment ?
- Comment La Fontaine critique-t-il la Justice dans cette fable?
- En quoi cet extrait illustre-t-il la devise du classicisme (plaire et instruire) ?
- Montrer que cette fable est un apologue
Huis-Clos
LA1 : (Scène d'exposition)
- Cette scène d'exposition remplit-elle ses fonctions ?
- Montrer que cette scène met en place les grands thèmes de la pièce.
- Etudier le mélange de registres de cette scène.
- Quelle est l'originalité de cette scène d'exposition ?
LA2 : (« Le bourreau, c'est chacun de nous pour les deux autres »)
- En quoi consiste l'enfer dans cet extrait ?
- Qu'apprend-on de chacun des personnages dans cette scène ?
- Comment Inès conclut-elle que « le bourreau, c'est chacune de nous pour les deux autres » ?
- Montrer qu'Inès domine cet échange.
dimanche 24 février 2013
Films cursifs et lien avec Zadig
Films complémentaires à la séquence Zadig :
- Forrest Gump (Zemeckis), 1994
| | Forrest |
| Personnage similaire : homme au destin exceptionnel | Généreux, optimiste, volontaire, relate les événements sans les juger, ingénu, découvre le monde cruel, tente de l'améliorer, honnête, toujours vrai. |
| Des thèmes similaires | Thèmes sociaux (maltraitance de Jenny, drogue, handicap, sida,) Thèmes politiques (guerre du Vietnam, Affaire du Water Gate, manifestations pacifistes) |
| Morale | Leçon d'humanité et d'optimisme |
| Histoire construite sur des épisodes : schéma narratif avec dénouement heureux | Enfance handicapée mais protégé et élevé par sa mère Champion de foot américain Soldat au Vitenam (reçoit la médaille d'honneur) Champion de ping-pong Parcours le monde en courant Capitaine crevettier |
| Registres | De l'humour et de l'ironie, des clins d'oeil à l'histoire |
- Persepolis (M. Satrapi), 2007
| | Persépolis |
| Lieu identique | Iran (= la Perse de Zadig) |
| Personnage | Esprit contestataire, recherche la liberté |
| Dénonciations similaires | Le fanatisme religieux L'absence de démocratie L'obscurantisme Privation de liberté de penser Privation de liberté privée Exil, solitude, différence de culture |
| Histoire construite sur des épisodes : schéma narratif | Enfance : révolution et chute du Chah puis république islamique, Guerre contre l'Irak Autriche et découverte de l'amour Retour, dépression Départ pour Paris |
| registres | De l'humour, de l'ironie, satire |
- Bienvenue à Gattaca (Niccol), 1997
Vincent Freeman
Homme au destin exceptionnel
Volontaire, découvre le monde cruel, physiquement physiquement, très intelligent, tente de dépasser des coutumes injustes (accès aux fonctions pour des hommes bien notés génétiquement)
Noter que le nom de famille de Vincent = Freeman, l'homme libre
Un thème similaire
Thème philosophique : hasard et génétique, destin : Zadig doit se plier à son destin comme le lui recommande Jesrad ; Vincent, lui, se bat contre son destin, qui prévoit sa mort avant 30 ans.
Morale
Leçon d'humanité : pour la liberté naturelle et contre le destin tout tracé (ici, l'eugénisme).
- La Planète des singes (Schaffner), 1967
Fable philosophique adaptée d'un roman de Pierre Boulle : La Planète des singes, 1963.
Voir sur ce site une critique détaillée du roman
| Une stratégie littéraire identique | Un détour dans le temps et dans l'espace, ici non pas en Perse mais sur une planète qui ressemble à la Terre. |
| Une personnage au destin exceptionnel | Ulysse pense : « Il n’y a pas de hasard dans le cosmos. Mon voyage vers le monde de Bételgeuse a été décidé par une conscience supérieure. A moi de me montrer digne de ce choix et d’être le nouveau Sauveur de cette humanité déchue. » Il est comme Zadig, un élu de Dieu, il dit de lui-même : « L’envoyé du destin » et « j’ai toute la vie pour accomplir ma mission. » |
| Des thèmes communs | Dénonciation de l'intolérance et du fanatisme, de la justice inique (scène du tribunal dans le film), de l'orgueil humain, croyance en une destinée |
| Style ironique, intention satirique | |
mercredi 30 janvier 2013
Questionnaire sur le film "Ridicule" de P. Leconte
Ridicule, de Patrice Leconte, 1996
(Pour une étude approfondie du film, vous pouvez aller voir ce lien : CNC)
- Donner le nom d'un personnage par ordre de la société :Tiers EtatClergéNoblesse
- Selon le petit garçon (Léonard), que peut faire le Roi en touchant les malades ? Quelle mission confie-t-il à Grégoire lorsqu'il verra le Roi ? Qu'est-ce que cela signifie sur la représentation des pouvoirs du Roi ?
Le Roi peut .............................................................................................................................................
Il confie à Grégoire ...................................................................................................................................
Cela signifie que le Roi est vu comme ….................................................................................................
- D’après Léonard et Grégoire, comment peut-on chasser le mal des marais ? Analyser.
Selon l'enfant | Selon Grégoire | |
Comment chasser le mal | ||
Analyse |
- Pourquoi peut-on dire de chacun des personnages suivants qu'ils incarnent l'esprit des Lumières ?
Le Marquis de Bellegarde | |
Grégoire Ponceludon | |
Mathilde | |
l'Abbée de l'Epée |
- Selon quelle philosophie Mathilde est-elle éduquée ? Quelle oeuvre ?
…...............................................................................................................................................................
- Quelle est l'exigence pour obtenir une audience du Roi selon le généalogiste ?
…...............................................................................................................................................................
- Quels sont les conseils donnés à Grégoire par Bellegarde pour se faire entendre à la Cour ?
…...............................................................................................................................................................
- Qui est le Roi à cette époque ? La Reine ? Comment sont-ils représentés ?
…...............................................................................................................................................................
- Donner plusieurs exemples du règne des apparences à la Cour
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- Montrer que la rhétorique et la mise en scène du langage sont vitales à la Cour : qui a été disgrâcié à cause du langage ?
…...............................................................................................................................................................
- Que symbolise alors le sourd-muet ?
...................................................................................................................................................................
- Montrer comment la Cour est caricaturée dans ce film.
…...............................................................................................................................................................…............................................................................................................................................................... 14. Qu'incarne l'abbée de Villecourt ? Madame de Blayac ?
…...............................................................................................................................................................
- Pourquoi Villecourt est-il disgrâcié ?
…...............................................................................................................................................................
Pour conclure : quels sont les grands enseignements de ce film sur le XVIIIè siècle ?
…...............................................................................................................................................................
…...............................................................................................................................................................
…...............................................................................................................................................................
…...............................................................................................................................................................
Les éléments du conte :
Le schéma narratif
- Situation initiale : La Dombe, terre marécageuse, tue les paysans petit à petit à force d'insalubrité. Grégoire de Ponceludon, noble de la région et ingénieur hydrographe, est désespéré par les conditions de vie misérables de ses paysans.
- Eléments perturbateurs : Il part pour la Cour dans l'espoir d'y présenter ses projets d'assèchement de la Dombe au Roi.
- Péripéties : Grégoire entre à la Cour, se fait remarquer par son bel esprit, conquiert le coeur de la cynique et toute-puissante Madame de Blayac, et s'attire la jalousie de l'Abbée de Villecourt. Il tombe amoureux de la fille de Bellegarde, Mathilde, une femme éprise de liberté et assoiffée de connaissances scientifiques. Mais celle-ci s’est fiancée au vieux et très riche marquis de Miontallieri, afin de financer ses recherches.
- Eléments de résolution : Mathilde rompt son engagement avec Montallieri. Grégoire, démasqué et ridiculisé lors d'un bal masqué, renonce à Madame de Blayac et quitte la Cour avec Mathilde. Madame de Blayac reste seule.
- Situation finale : Après la Révolution française, Bellagarde est exilé en Angleterre. Grégoire et Mathilde vivent ensemble dans la Dombe où ils entreprennent les travaux d’assèchement du pays en 1793.
Schéma actantiel :
Sujet : Grégoire Ponceludon
Objet : assécher la Dombe
Bénéficiaires : les paysans
Adjuvants : M. de Bellegarde, Mathilde, Mme de Blayac
Opposants : le ministre de l’aménagement ; le généalogiste ; le capitaine qui se fait tuer en duel.
La morale : sur le règne des apparences à la Cour ; l'hypocrisie (// Les animaux malades de la Peste) ; ce film ressemble à un apologue // Zadig, pour lequel le langage vient à bout de bien des problèmes.
Zadig, 1ère STI, Documents complémentaires
Documents complémentaires :
1) Un exemplum : le Jugement du Roi Salomon (Ancien testament, Livre des Rois)
2) "Préface aux contes en prose" (extrait) de Perrault
3) "A Monseigneur Dauphin" (extrait) de La Fontaine
4) Un conte merveilleux : "Les Fées" de Perrault (in Histoires ou contes des temps passés)
Définitions, rappel :
Exemplum : dans la Bible ou les sermons religieux, il s'agit d'un récit mettant en scène un personnage illustre, incarnant des valeurs chrétiennes, et érigé comme modèle à suivre.
Parabole : dans la Bible, il s'agit également d'un court récit illustrant une morale religieuse. Les paraboles les plus célèbres (il est recommandé d'en lire au moins une) : Le bon Samaritain, le Fils Prodigue.
Argumentation directe : argumentation qui expose une thèse et des arguments sans passer par le biais d'un récit (discours, article de presse, essai, etc.).
Argumentation indirecte : argumentation enrobée sous un récit qui illustre la thèse (tous types d'apologues, utopies, conte-utopies, poèmes engagés, théâtre à thèse, etc.)
1) Le Jugement du Roi Salomon, 1 Rois 3,16-28 :
Alors deux prostituées vinrent se présenter devant le roi (Salomon). L'une dit : "Je t'en supplie, mon seigneur; moi et cette femme, nous habitons la même maison et j'ai accouché alors qu'elle s'y trouvait. Or, trois jours après mon accouchement, cette femme accoucha à son tour. Nous étions ensemble, sans personne d'autre dans la maison; il n'y avait que nous deux. Le fils de cette femme mourut une nuit parce qu'elle s'était couchée sur lui. Elle se leva au milieu de la nuit, prit mon fils qui était à côté de moi - ta servante dormait - et le coucha contre elle; et son fils, le mort, elle le coucha contre moi. Je me levai le matin pour allaiter mon fils, mais il était mort. Le jour venu, je le regardai attentivement, mais ce n'était pas mon fils, celui dont j'avais accouché". L'autre femme dit : "Non ! mon fils, c'est le vivant, et ton fils, c'est le mort"; mais la première continuait à dire : "Non ! ton fils, c'est le mort et mon fils, c'est le vivant". Ainsi parlaient-elles devant le roi. Le roi dit : " Celle-ci dit : "Mon fils, c'est le vivant, et ton fils, c'est le mort"; et celle-là dit : "Non ! ton fils, c'est le mort, et mon fils, c'est le vivant" ". Le roi dit : "Apportez-moi une épée !" Et l'on apporta l'épée devant le roi. Et le roi dit : "Coupez en deux l'enfant vivant et donnez-en une moitié à l'une et une moitié à l'autre". La femme dont le fils était le vivant dit au roi, car ses entrailles étaient émues au sujet de son fils : "Pardon, mon seigneur ! Donnez-lui le bébé vivant, mais ne le tuez pas ! " Tandis que l'autre disait : "Il ne sera ni à moi, ni à toi ! Coupez ! " Alors le roi prit la parole et dit : "Donnez à la première le bébé vivant, ne le tuez pas; c'est elle qui est la mère".
Tout Israël entendit parler du jugement qu'avait rendu le roi et l'on craignit le roi, car on avait vu qu'il y avait en lui une sagesse divine pour rendre justice.2) Charles Perrault, Préface des Contes en vers, 1695.
[Les gens de bon goût] ont été bien aise de remarquer que ces bagatelles n'étaient pas de pures bagatelles, qu'elles renfermaient une morale utile, et que le récit enjoué1dont elles étaient enveloppées n'avait été choisi que pour les faire entrer plus agréablement dans l'esprit et d,'une manière qui instruisît et divertit tout ensemble. [... ] La plupart de celles [des fables] qui nous restent des anciens n'ont été faites que pour plaire sans égard aux bonnes mœurs qu'ils négligeaient beaucoup. Il n'en est pas de même pour les contes que nos aïeux ont inventés pour leurs enfants. Ils ne les ont pas contés avec l'élégance et les agréments dont les Grecs et les Romains ont orné leurs Fables; mais ils ont toujours eu un très grand soin que leurs contes renfermassent une moralité louable et instructive.
1. récit enjoué : récit gai et divertissant.
3) La Fontaine, « À Monseigneur le Dauphin », Préface aux Fables, 1668.
MONSEIGNEUR,
S'il y a quelque chose d'ingénieux dans la république des lettres, on peut dire que c'est la manière dont Ésope1 a débité sa morale. Il serait véritablement à souhaiter que d'autres mains que les miennes y eussent ajouté les ornements de la poésie, puisque le plus sage des anciens a jugé qu'ils n'y étaient pas inutiles. J'ose, MONSEIGNEUR, vous en présenter quelques essais. C'est un entretien convenable à vos premières années. Vous êtes en un âge où l'amusement et les jeux sont permis aux princes; mais en même temps vous devez donner quelques-unes de vos pensées à des réflexions sérieuses. Tout cela se rencontre aux fables que nous devons à Ésope. L'apparence en est puérile, je le confesse; mais ces puérilités servent d'enveloppe à des vérités importantes.
Je ne doute point, MONSEIGNEUR, que vous ne regardiez favorablement des inventions si utiles et tout ensemble si agréables, car peut-on souhaiter davantage que ces deux points ? Ce sont eux qui ont introduit les sciences parmi les hommes. Ésope a trouvé un art singulier de les joindre l'un avec l'autre. La lecture de son ouvrage répand insensiblement dans une âme les semences de la vertu, et lui apprend à se connaître sans qu'elle s'aperçoive de cette étude, et tandis qu'elle croit faire toute autre chose. C'est une adresse dont s'est servi très heureusement celui sur lequel Sa Majesté a jeté les yeux pour vous donner des instructions. Il fait en sorte que vous apprenez sans peine, ou, pour mieux parler, avec plaisir, tout ce qu'il est nécessaire qu'un prince sache.
S'il y a quelque chose d'ingénieux dans la république des lettres, on peut dire que c'est la manière dont Ésope1 a débité sa morale. Il serait véritablement à souhaiter que d'autres mains que les miennes y eussent ajouté les ornements de la poésie, puisque le plus sage des anciens a jugé qu'ils n'y étaient pas inutiles. J'ose, MONSEIGNEUR, vous en présenter quelques essais. C'est un entretien convenable à vos premières années. Vous êtes en un âge où l'amusement et les jeux sont permis aux princes; mais en même temps vous devez donner quelques-unes de vos pensées à des réflexions sérieuses. Tout cela se rencontre aux fables que nous devons à Ésope. L'apparence en est puérile, je le confesse; mais ces puérilités servent d'enveloppe à des vérités importantes.
Je ne doute point, MONSEIGNEUR, que vous ne regardiez favorablement des inventions si utiles et tout ensemble si agréables, car peut-on souhaiter davantage que ces deux points ? Ce sont eux qui ont introduit les sciences parmi les hommes. Ésope a trouvé un art singulier de les joindre l'un avec l'autre. La lecture de son ouvrage répand insensiblement dans une âme les semences de la vertu, et lui apprend à se connaître sans qu'elle s'aperçoive de cette étude, et tandis qu'elle croit faire toute autre chose. C'est une adresse dont s'est servi très heureusement celui sur lequel Sa Majesté a jeté les yeux pour vous donner des instructions. Il fait en sorte que vous apprenez sans peine, ou, pour mieux parler, avec plaisir, tout ce qu'il est nécessaire qu'un prince sache.
1. Ésope : fabuliste grec dont s'est inspiré La Fontaine.
4) Charles Perrault, « Les Fées », Histoires ou contes du temps passé avec des moralités, 1697.
Il était une fois une veuve qui avait deux filles ; l'aînée lui ressemblait si fort et d'humeur et de visage, que qui la voyait voyait la mère. Elles étaient toutes deux si désagréables et si orgueilleuses qu'on ne pouvait vivre avec elles. La cadette, qui était le vrai portrait de son Père pour la douceur et pour l'honnêteté, était avec cela une des plus belles filles qu'on eût su voir. Comme on aime naturellement son semblable, cette mère était folle de sa fille aînée, et en même temps avait une aversion effroyable pour la cadette. Elle la faisait manger à la cuisine et travailler sans cesse.Il fallait entre autres choses que cette pauvre enfant allât deux fois le jour puiser de l'eau à une grande demi lieue du logis, et qu'elle en rapportât plein une grande cruche. Un jour qu'elle était à cette fontaine, il vint à elle une pauvre femme qui la pria de lui donner à boire. - Oui-dà, ma bonne mère, dit cette belle fille ; et rinçant aussitôt sa cruche, elle puisa de l'eau au plus bel endroit de la fontaine, et la lui présenta, soutenant toujours la cruche afin qu'elle bût plus aisément. La bonne femme, ayant bu, lui dit :- Vous êtes si belle, si bonne, et si honnête, que je ne puis m'empêcher de vous faire un don (car c'était une Fée qui avait pris la forme d'une pauvre femme de village, pour voir jusqu'où irait l'honnêteté de cette jeune fille). Je vous donne pour don, poursuivit la Fée, qu'à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou une Fleur, ou une Pierre précieuse.Lorsque cette belle fille arriva au logis, sa mère la gronda de revenir si tard de la fontaine.- Je vous demande pardon, ma mère, dit cette pauvre fille, d'avoir tardé si longtemps ; et en disant ces mots, il lui sortit de la bouche deux Roses, deux Perles, et deux gros Diamants. - Que vois-je ? dit sa mère tout étonnée ; je crois qu'il lui sort de la bouche des Perles et des Diamants ; d'où vient cela, ma fille ? (Ce fut là la première fois qu'elle l'appela sa fille.) La pauvre enfant lui raconta naïvement tout ce qui lui était arrivé, non sans jeter une infinité de Diamants. - Vraiment, dit la mère, il faut que j'y envoie ma fille ; tenez, Fanchon, voyez ce qui sort de la bouche de votre sœur quand elle parle ; ne seriez-vous pas bien aise d'avoir le même don ? Vous n'avez qu'à aller puiser de l'eau à la fontaine, et quand une pauvre femme vous demandera à boire, lui en donner bien honnêtement. Il me ferait beau voir, répondit la brutale, aller à la fontaine. Je veux que vous y alliez, reprit la mère, et tout à l'heure.Elle y alla, mais toujours en grondant. Elle prit le plus beau Flacon d'argent qui fût dans le logis. Elle ne fut pas plus tôt arrivée à la fontaine qu'elle vit sortir du bois une Dame magnifiquement vêtue qui vint lui demander à boire :c'était la même Fée qui avait apparu à sa sœur mais qui avait pris l'air et les habits d'une Princesse, pour voir jusqu'où irait la malhonnêteté de cette fille.- Est-ce que je suis ici venue, lui dit cette brutale orgueilleuse, pour vous donner à boire, justement j'ai apporté un Flacon d'argent tout exprès pour donner à boire à Madame ! J'en suis d'avis, buvez à même si vous voulez. - Vous n'êtes guère honnête, reprit la Fée, sans se mettre en colère ; hé bien ! puisque vous êtes si peu obligeante, je vous donne pour don qu'à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou un serpent ou un crapaud.D'abord que sa mère l'aperçut, elle lui cria : - Hé bien, ma fille ! - Hé bien, ma mère ! lui répondit la brutale, en jetant deux vipères, et deux crapauds. - ô Ciel ! s'écria la mère, que vois-je là ? C'est sa sœur qui en est cause, elle me le payera ; et aussitôt elle courut pour la battre. La pauvre enfant s'enfuit, et alla se sauver dans la Forêt prochaine.Le fils du Roi qui revenait de la chasse la rencontra et la voyant si belle, lui demanda ce qu'elle faisait là toute seule et ce qu'elle avait à pleurer. Hélas ! Monsieur c'est ma mère qui m'a chassée du logis. Le fils du Roi, qui vit sortir de sa bouche cinq ou six Perles, et autant de Diamants, la pria de lui dire d'où cela lui venait. Elle lui conta toute son aventure. Le fils du Roi en devint amoureux, et considérant qu'un tel don valait mieux que tout ce qu'on pouvait donner en mariage à un autre, l'emmena au Palais du Roi son père où il l'épousa. Pour sa sœur elle se fit tant haïr que sa propre mère la chassa de chez elle ; et la malheureuse, après avoir bien couru sans trouver personne qui voulût la recevoir alla mourir au coin d'un bois.
Moralité : Les Diamants et les pistolesPeuvent beaucoup sur les Esprits ;
Cependant les douces paroles
Ont encore plus de force, et sont d'un plus grand prix.
Autre Moralité :
L'honnêteté coûte des soins,
Elle veut un peu de complaisance,
Et souvent dans le temps qu'on y pense le moins.
Mais tôt ou tard elle a sa récompense,
Autre Moralité :
L'honnêteté coûte des soins,
Elle veut un peu de complaisance,
Et souvent dans le temps qu'on y pense le moins.
Mais tôt ou tard elle a sa récompense,
Zadig, 1ère ES, Documents complémentaires
Documents complémentaires :
1) Un exemplum : le Jugement du Roi Salomon (Ancien testament, Livre des Rois)
2) Une fable : "Les Animaux malades de la Peste" de La Fontaine (Livre VII, fable1)
3) Article "fanatisme" du dictionnaire philosophique de Voltaire
4) Article "Philosophe" de l'Encyclopédie, par Dumarsais
Définitions, rappel :
Exemplum : dans la Bible ou les sermons religieux, il s'agit d'un récit mettant en scène un personnage illustre, incarnant des valeurs chrétiennes, et érigé comme modèle à suivre.
Parabole : dans la Bible, il s'agit également d'un court récit illustrant une morale religieuse. Les paraboles les plus célèbres (il est recommandé d'en lire au moins une) : Le bon Samaritain, le Fils Prodigue.
Argumentation directe : argumentation qui expose une thèse et des arguments sans passer par le biais d'un récit (discours, article de presse, essai, etc.).
Argumentation indirecte : argumentation enrobée sous un récit qui illustre la thèse (tous types d'apologues, utopies, conte-utopies, poèmes engagés, théâtre à thèse, etc.)
1) Le Jugement du Roi Salomon, 1 Rois 3,16-28 :
2) Les Animaux Malades de la Peste, Fables, VII, 1 :
Un mal qui répand la terreur,
Mal que le ciel en sa fureur
6- convulsionnaire = jansénistes fanatiques qui étaient pris de convulsions sur la tombe du diacre Pâris au cimetière de saint-Médard. Sur la tombe de ce dernier, en effet se produisent des guérisons inexpliquées qui passetn pour des miracles.
7- Aod, Judith et Samuel sont des personnages de l'histoire biblique ayant tous commis des actes fanatiques, au nom de leur religion... la chrétienté
[1]Grâce : aide ou faveur dispensée par Dieu sans laquelle le chrétien ne peut espérer trouver la voie du Bien, la voie du Salut.
[2]Ce passage est sans doute une critique de la thèse défendue par Rousseau selon laquelle l’homme, naturellement bon, est perverti par la vie en société.
[3]Ce monde : le monde des hommes opposé à l’autre monde, le paradis, le monde des âmes : allusion polémique à la doctrine chrétienne selon laquelle notre monde imparfait est le produit de la Chute originelle, la faute d’Adam et Eve.
[4]Enter = greffer
1) Un exemplum : le Jugement du Roi Salomon (Ancien testament, Livre des Rois)
2) Une fable : "Les Animaux malades de la Peste" de La Fontaine (Livre VII, fable1)
3) Article "fanatisme" du dictionnaire philosophique de Voltaire
4) Article "Philosophe" de l'Encyclopédie, par Dumarsais
Définitions, rappel :
Exemplum : dans la Bible ou les sermons religieux, il s'agit d'un récit mettant en scène un personnage illustre, incarnant des valeurs chrétiennes, et érigé comme modèle à suivre.
Parabole : dans la Bible, il s'agit également d'un court récit illustrant une morale religieuse. Les paraboles les plus célèbres (il est recommandé d'en lire au moins une) : Le bon Samaritain, le Fils Prodigue.
Argumentation directe : argumentation qui expose une thèse et des arguments sans passer par le biais d'un récit (discours, article de presse, essai, etc.).
Argumentation indirecte : argumentation enrobée sous un récit qui illustre la thèse (tous types d'apologues, utopies, conte-utopies, poèmes engagés, théâtre à thèse, etc.)
1) Le Jugement du Roi Salomon, 1 Rois 3,16-28 :
Alors deux prostituées vinrent se présenter devant le roi (Salomon). L'une dit : "Je t'en supplie, mon seigneur; moi et cette femme, nous habitons la même maison et j'ai accouché alors qu'elle s'y trouvait. Or, trois jours après mon accouchement, cette femme accoucha à son tour. Nous étions ensemble, sans personne d'autre dans la maison; il n'y avait que nous deux. Le fils de cette femme mourut une nuit parce qu'elle s'était couchée sur lui. Elle se leva au milieu de la nuit, prit mon fils qui était à côté de moi - ta servante dormait - et le coucha contre elle; et son fils, le mort, elle le coucha contre moi. Je me levai le matin pour allaiter mon fils, mais il était mort. Le jour venu, je le regardai attentivement, mais ce n'était pas mon fils, celui dont j'avais accouché". L'autre femme dit : "Non ! mon fils, c'est le vivant, et ton fils, c'est le mort"; mais la première continuait à dire : "Non ! ton fils, c'est le mort et mon fils, c'est le vivant". Ainsi parlaient-elles devant le roi. Le roi dit : " Celle-ci dit : "Mon fils, c'est le vivant, et ton fils, c'est le mort"; et celle-là dit : "Non ! ton fils, c'est le mort, et mon fils, c'est le vivant" ". Le roi dit : "Apportez-moi une épée !" Et l'on apporta l'épée devant le roi. Et le roi dit : "Coupez en deux l'enfant vivant et donnez-en une moitié à l'une et une moitié à l'autre". La femme dont le fils était le vivant dit au roi, car ses entrailles étaient émues au sujet de son fils : "Pardon, mon seigneur ! Donnez-lui le bébé vivant, mais ne le tuez pas ! " Tandis que l'autre disait : "Il ne sera ni à moi, ni à toi ! Coupez ! " Alors le roi prit la parole et dit : "Donnez à la première le bébé vivant, ne le tuez pas; c'est elle qui est la mère".
Tout Israël entendit parler du jugement qu'avait rendu le roi et l'on craignit le roi, car on avait vu qu'il y avait en lui une sagesse divine pour rendre justice.2) Les Animaux Malades de la Peste, Fables, VII, 1 :
Un mal qui répand la terreur,
Mal que le ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom),
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés:
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie;
Nul mets n'excitait leur envie,
Ni loups ni renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie;
Les tourterelles se fuyaient:
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le lion tint conseil, et dit: «Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux;
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements1:
Ne nous flattons donc point, voyons sans indulgence
L'état de notre conscience
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait? Nulle offense;
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut: mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi:
Car on doit souhaiter, selon toute justice,
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse.
Eh bien! manger moutons, canaille, sotte espèce.
Est-ce un pêché? Non, non. Vous leur fîtes, Seigneur,
En les croquant, beaucoup d'honneur;
Et quant au berger, l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.»
Ainsi dit le renard; et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du tigre, ni de l'ours, ni des autres puissances
Les moins pardonnables offenses:
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L'âne vint à son tour, et dit: «J'ai souvenance
Qu'en un pré de moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et, je pense,
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.»
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout le mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui! quel crime abominable!
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait: on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.
Ne nous flattons donc point, voyons sans indulgence
L'état de notre conscience
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait? Nulle offense;
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut: mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi:
Car on doit souhaiter, selon toute justice,
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse.
Eh bien! manger moutons, canaille, sotte espèce.
Est-ce un pêché? Non, non. Vous leur fîtes, Seigneur,
En les croquant, beaucoup d'honneur;
Et quant au berger, l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.»
Ainsi dit le renard; et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du tigre, ni de l'ours, ni des autres puissances
Les moins pardonnables offenses:
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L'âne vint à son tour, et dit: «J'ai souvenance
Qu'en un pré de moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et, je pense,
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.»
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout le mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui! quel crime abominable!
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait: on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.
La peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom),
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés:
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie;
Nul mets n'excitait leur envie,
Ni loups ni renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie;
Les tourterelles se fuyaient:
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le lion tint conseil, et dit: «Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux;
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements1:
Ne nous flattons donc point, voyons sans indulgence
L'état de notre conscience
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait? Nulle offense;
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut: mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi:
Car on doit souhaiter, selon toute justice,
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse.
Eh bien! manger moutons, canaille, sotte espèce.
Est-ce un pêché? Non, non. Vous leur fîtes, Seigneur,
En les croquant, beaucoup d'honneur;
Et quant au berger, l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.»
Ainsi dit le renard; et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du tigre, ni de l'ours, ni des autres puissances
Les moins pardonnables offenses:
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L'âne vint à son tour, et dit: «J'ai souvenance
Qu'en un pré de moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et, je pense,
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.»
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout le mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui! quel crime abominable!
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait: on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.
Ne nous flattons donc point, voyons sans indulgence
L'état de notre conscience
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait? Nulle offense;
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut: mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi:
Car on doit souhaiter, selon toute justice,
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse.
Eh bien! manger moutons, canaille, sotte espèce.
Est-ce un pêché? Non, non. Vous leur fîtes, Seigneur,
En les croquant, beaucoup d'honneur;
Et quant au berger, l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.»
Ainsi dit le renard; et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du tigre, ni de l'ours, ni des autres puissances
Les moins pardonnables offenses:
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L'âne vint à son tour, et dit: «J'ai souvenance
Qu'en un pré de moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et, je pense,
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.»
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout le mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui! quel crime abominable!
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait: on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.
3) Article FANATISME, Dictionnaire philosophique portatif (1764), VOLTAIRE
Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un enthousiaste; celui qui soutient sa folie par le meurtre est un fanatique. Jean Diaz, retiré à Nuremberg, qui était fermement convaincu que le pape est l'Antéchrist de l'Apocalypse, et qu'il a le signe de la bête, n'était qu'un enthousiaste; son frère, Barthélemy Diaz, qui partit de Rome pour aller assassiner saintement son frère, et qui le tua en effet pour l'amour de Dieu, était un des plus abominables fanatiques que la superstition ait pu jamais former.
Polyeucte qui va au temple, dans un jour de solennité, renverser et casser les statues et les ornements, est un fanatique moins horrible que Diaz, mais non moins sot. Les assassins du duc François de Guise, de Guillaume, prince d'Orange, du roi Henri III, du roi Henri IV, et de tant d'autres, étaient des énergumènes malades de la même rage que Diaz.
Le plus détestable exemple de fanatisme est celui des bourgeois de Paris qui coururent assassiner, égorger, jeter par les fenêtres, mettre en pièces, la nuit de la Saint-Barthélemy, leurs concitoyens qui n'allaient point à la messe.
Il y a des fanatiques de sang-froid: ce sont les juges qui condamnent à la mort ceux qui n'ont d'autre crime que de ne pas penser comme eux; et ces juges-là sont d'autant plus coupables, d'autant plus dignes de l'exécration du genre humain que, n'étant pas dans un accès de fureur, comme les Clément, les Châtel, les Ravaillac, les Damiens, il semble qu'ils pourraient écouter la raison.
Lorsqu'une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. J'ai vu des convulsionnaires qui, en parlant des miracles de saint Pâris, s'échauffaient par degrés malgré eux: leurs yeux s'enflammaient, leurs membres tremblaient, la fureur défigurait leur visage, et ils auraient tués quiconque les eût contredits.
Il n'y a d'autre remède à cette maladie épidémique que l'esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les moeurs des hommes, et qui prévient les accès du mal; car, dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir, et attendre que l'air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent pas contre la peste des âmes; la religion, loin d'être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés. Ces misérables ont sans cesse présent à l'esprit l'exemple d'Aod, qui assassine le roi Eglon; de Judith, qui coupe la tête d'Holopherne en couchant avec lui; de Samuel, qui hache en morceaux le roi Agag. Ils ne voient pas que ces exemples, qui sont respectables dans l'Antiquité, sont abominables dans le temps présent; ils puisent leurs fureurs dans la religion même qui les condamne.
Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage; c'est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens-là sont persuadés que l'esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu'ils doivent entendre.
Que répondre à un homme qui vous dit qu'il aime mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant?
Ce sont d'ordinaire les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains. Ils ressemblent à ce Vieux de la Montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu'ils iraient assassiner tous ceux qu'il leur nommerait. Il n'y a eu qu'une seule religion dans le monde qui n'ait pas été souillée par le fanatisme, c'est celle des lettrés de la Chine. Les sectes des philosophes étaient non seulement exemptes de cette peste, mais elles en étaient le remède: car l'effet de la philosophie est de rendre l'âme tranquille, et le fanatisme est incompatible avec la tranquillité. Si notre sainte religion a été si souvent corrompue par cette fureur infernale, c'est à la folie des hommes qu'il faut s'en prendre.
Notes
1- Barthélémy Diaz est explorateur portugais du Xvème siècle, qui a notamment découvert le Cap Vert
2- Dans la tragédie de Corneille, Polyeucte est un seigneur qui se convertit au christianisme au IIIème siècle, et, lors d'un sacrifice offert aux dieux romains, renverse les idoles et proclame sa foi. Il choisit de périr en martyr.
3- Personnages historiques assassinés soit par des Protestants lorsqu'ils étaiant Catholiques, soit par des Catholiques lorsqu'ils étaient Protestants...
4- Massacre de la Saint Barthélémy : nuit du 23 au 24 août 1572, à Paris
5- Clément, Châtel, Ravaillac et Damiens sont des fanatiques qui ont commis des attentats contre les rois Henri III, Henri IV et Louis XV. Tous les quatre furent suppliciés.6- convulsionnaire = jansénistes fanatiques qui étaient pris de convulsions sur la tombe du diacre Pâris au cimetière de saint-Médard. Sur la tombe de ce dernier, en effet se produisent des guérisons inexpliquées qui passetn pour des miracles.
7- Aod, Judith et Samuel sont des personnages de l'histoire biblique ayant tous commis des actes fanatiques, au nom de leur religion... la chrétienté
4) Dumarsais : Encyclopédie (1751-1772), article "Philosophe"
Les autres hommes sont déterminés à agir sans sentir ni connaître les causes qui les font mouvoir, sans même songer qu'il y en ait. Le philosophe au contraire démêle les causes autant qu'il est en lui, et souvent même les prévient, et se livre à elles avec connaissance: c'est une horloge qui se monte, pour ainsi dire, quelquefois elle-même. Ainsi il évite les objets qui peuvent lui causer des sentiments qui ne conviennent ni au bien-être, ni à l'être raisonnable, et cherche ceux qui peuvent exciter en lui des affections convenables à l'état où il se trouve. La raison est à l'égard du philosophe ce que la grâce est à l'égard du chrétien. La grâce[1]détermine le chrétien à agir; la raison détermine le philosophe.
Les autres hommes sont emportés par leurs passions, sans que les actions qu'ils font soient précédées de la réflexion : ce sont des hommes qui marchent dans les ténèbres; au lieu que le philosophe, dans ses passions mêmes, n'agit qu'après la réflexion; il marche la nuit, mais il est précédé d'un flambeau.
La vérité n'est pas pour le philosophe une maîtresse qui corrompe son imagination, et qu'il croie trouver partout; il se contente de la pouvoir démêler où il peut l'apercevoir. Il ne la confond point avec la vraisemblance; il prend pour vrai ce qui est vrai, pour faux ce qui est faux, pour douteux ce qui est douteux, et pour vraisemblance ce qui n'est que vraisemblance. Il fait plus, et c'est ici une grande perfection du philosophe, c'est que lorsqu'il n'a point de motif pour juger, il sait demeurer indéterminé [...]
L'esprit philosophique est donc un esprit d'observation et de justesse, qui rapporte tout à ses véritables principes; mais ce n'est pas l'esprit seul que le philosophe cultive, il porte plus loin son attention et ses soins.
L'homme n'est point un monstre qui ne doive vivre que dans les abîmes de la mer ou dans le fond d'une forêt : les seules nécessités de la vie lui rendent le commerce des autres nécessaire et dans quelqu'état où il puisse se trouver, ses besoins et le bien-être l'engagent à vivre en société[2]. Ainsi la raison exige de lui qu'il connaisse, qu'il étudie, et qu'il travaille à acquérir les qualités sociables.
Notre philosophe ne se croit pas en exil dans ce monde[3]; il ne croit point être en pays ennemi; il veut jouir en sage économe des biens que la nature lui offre; il veut trouver du plaisir avec les autres; et pour en trouver, il faut en faire ainsi il cherche à convenir à ceux avec qui le hasard ou son choix le font vivre et il trouve en même temps ce qui lui convient: c'est un honnête homme qui veut plaire et se rendre utile […]
Le vrai philosophe est donc un honnête homme qui agit en tout par raison, et qui joint à un esprit de réflexion et de justesse les mœurs et les qualités sociales. Entez[4] un souverain sur un philosophe d’une telle trempe, et vous aurez un souverain parfait.
La vérité n'est pas pour le philosophe une maîtresse qui corrompe son imagination, et qu'il croie trouver partout; il se contente de la pouvoir démêler où il peut l'apercevoir. Il ne la confond point avec la vraisemblance; il prend pour vrai ce qui est vrai, pour faux ce qui est faux, pour douteux ce qui est douteux, et pour vraisemblance ce qui n'est que vraisemblance. Il fait plus, et c'est ici une grande perfection du philosophe, c'est que lorsqu'il n'a point de motif pour juger, il sait demeurer indéterminé [...]
L'esprit philosophique est donc un esprit d'observation et de justesse, qui rapporte tout à ses véritables principes; mais ce n'est pas l'esprit seul que le philosophe cultive, il porte plus loin son attention et ses soins.
L'homme n'est point un monstre qui ne doive vivre que dans les abîmes de la mer ou dans le fond d'une forêt : les seules nécessités de la vie lui rendent le commerce des autres nécessaire et dans quelqu'état où il puisse se trouver, ses besoins et le bien-être l'engagent à vivre en société[2]. Ainsi la raison exige de lui qu'il connaisse, qu'il étudie, et qu'il travaille à acquérir les qualités sociables.
Notre philosophe ne se croit pas en exil dans ce monde[3]; il ne croit point être en pays ennemi; il veut jouir en sage économe des biens que la nature lui offre; il veut trouver du plaisir avec les autres; et pour en trouver, il faut en faire ainsi il cherche à convenir à ceux avec qui le hasard ou son choix le font vivre et il trouve en même temps ce qui lui convient: c'est un honnête homme qui veut plaire et se rendre utile […]
Le vrai philosophe est donc un honnête homme qui agit en tout par raison, et qui joint à un esprit de réflexion et de justesse les mœurs et les qualités sociales. Entez[4] un souverain sur un philosophe d’une telle trempe, et vous aurez un souverain parfait.
[2]Ce passage est sans doute une critique de la thèse défendue par Rousseau selon laquelle l’homme, naturellement bon, est perverti par la vie en société.
[3]Ce monde : le monde des hommes opposé à l’autre monde, le paradis, le monde des âmes : allusion polémique à la doctrine chrétienne selon laquelle notre monde imparfait est le produit de la Chute originelle, la faute d’Adam et Eve.
[4]Enter = greffer
Exemples de Paraboles
La Parabole du Bon Samaritain, Luc, X, 29-37 :
« Mais le docteur de la Loi, voulant se justifier, dit à Jésus : "Et qui est mon prochain ?" Jésus reprit : "Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, après l'avoir dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à demi mort. Un prêtre vint à descendre par ce chemin-là ; il le vit et passa outre. Pareillement un lévite, survenant en ce lieu, le vit et passa outre. Mais un samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié. Il s'approcha, banda ses plaies, y versant de l'huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l'hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l'hôtelier, en disant : "Prends soin de lui, et ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai, moi, à mon retour." Lequel de ces trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme tombé aux mains des brigands ?" Il dit : "Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui." Et Jésus lui dit : "Va, et toi aussi, fais de même". »
Sens de cette parabole : Il s'agit d'illustrer le terme "prochain", utilisé à de multiples reprises par Jésus : le prêtre et le Lévite, tous deux juifs, représentant la religion majoritaire de l'époque, passent à côté d'un homme à demi mort et ne s'en préoccupent pas. C'est un Samaritain, représentant d'une population que les Juifs tiennent pour impie, qui se montre capable de compassion envers cet inconnu. Le samaritain donne du temps, des soins et de l'argent pour sauver un homme qu'il ne connait pas et qui est d'une religion "ennemie" de la sienne. Le "prochain", c'est lui.
La Parabole du Fils Prodigue, Luc, XV, 11-32 :
Il dit encore : Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : mon père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir. Et le père leur partagea son bien. Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout ramassé, partit pour un pays éloigné, où il dissipa son bien en vivant dans la débauche. Lorsqu'il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla se mettre au service d'un des habitants du pays, qui l'envoya dans ses champs garder les pourceaux. Il aurait bien voulu se rassasier des caroubes que mangeaient les pourceaux, mais personne ne lui en donnait. Étant rentré en lui-même, il se dit : Combien de mercenaires chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j'irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme l'un de tes mercenaires. Et il se leva, et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et le baisa. Le fils lui dit : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils. Mais le père dit à ses serviteurs : Apportez vite la plus belle robe, et l'en revêtez ; mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds. Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous ; car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir. Or, le fils aîné était dans les champs. Lorsqu'il revint et approcha de la maison, il entendit la musique et les danses. Il appela un des serviteurs, et lui demanda ce que c'était. Ce serviteur lui dit : ton frère est de retour, et, parce qu'il l'a retrouvé en bonne santé, ton père a tué le veau gras. Il se mit en colère, et ne voulut pas entrer. Son père sortit, et le pria d'entrer. Mais il répondit à son père : voici, il y a tant d'années que je te sers, sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour que je me réjouisse avec mes amis. Et quand ton fils est arrivé, celui qui a mangé ton bien avec des prostituées, c'est pour lui que tu as tué le veau gras ! Mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi, et tout ce que j'ai est à toi ; mais il fallait bien s'égayer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et qu'il est revenu à la vie, parce qu'il était perdu et qu'il est retrouvé.
Sens de cette parabole : Dieu nous suit, nous donne de sa charité au quotidien, et pardonne à celui qui se repent sincèrement. La miséricorde, le pardon, la justice sont les valeurs illustrées par ce récit.
« Mais le docteur de la Loi, voulant se justifier, dit à Jésus : "Et qui est mon prochain ?" Jésus reprit : "Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, après l'avoir dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à demi mort. Un prêtre vint à descendre par ce chemin-là ; il le vit et passa outre. Pareillement un lévite, survenant en ce lieu, le vit et passa outre. Mais un samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié. Il s'approcha, banda ses plaies, y versant de l'huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l'hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l'hôtelier, en disant : "Prends soin de lui, et ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai, moi, à mon retour." Lequel de ces trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme tombé aux mains des brigands ?" Il dit : "Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui." Et Jésus lui dit : "Va, et toi aussi, fais de même". »
Sens de cette parabole : Il s'agit d'illustrer le terme "prochain", utilisé à de multiples reprises par Jésus : le prêtre et le Lévite, tous deux juifs, représentant la religion majoritaire de l'époque, passent à côté d'un homme à demi mort et ne s'en préoccupent pas. C'est un Samaritain, représentant d'une population que les Juifs tiennent pour impie, qui se montre capable de compassion envers cet inconnu. Le samaritain donne du temps, des soins et de l'argent pour sauver un homme qu'il ne connait pas et qui est d'une religion "ennemie" de la sienne. Le "prochain", c'est lui.
La Parabole du Fils Prodigue, Luc, XV, 11-32 :
Il dit encore : Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : mon père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir. Et le père leur partagea son bien. Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout ramassé, partit pour un pays éloigné, où il dissipa son bien en vivant dans la débauche. Lorsqu'il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla se mettre au service d'un des habitants du pays, qui l'envoya dans ses champs garder les pourceaux. Il aurait bien voulu se rassasier des caroubes que mangeaient les pourceaux, mais personne ne lui en donnait. Étant rentré en lui-même, il se dit : Combien de mercenaires chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j'irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme l'un de tes mercenaires. Et il se leva, et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et le baisa. Le fils lui dit : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils. Mais le père dit à ses serviteurs : Apportez vite la plus belle robe, et l'en revêtez ; mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds. Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous ; car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir. Or, le fils aîné était dans les champs. Lorsqu'il revint et approcha de la maison, il entendit la musique et les danses. Il appela un des serviteurs, et lui demanda ce que c'était. Ce serviteur lui dit : ton frère est de retour, et, parce qu'il l'a retrouvé en bonne santé, ton père a tué le veau gras. Il se mit en colère, et ne voulut pas entrer. Son père sortit, et le pria d'entrer. Mais il répondit à son père : voici, il y a tant d'années que je te sers, sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour que je me réjouisse avec mes amis. Et quand ton fils est arrivé, celui qui a mangé ton bien avec des prostituées, c'est pour lui que tu as tué le veau gras ! Mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi, et tout ce que j'ai est à toi ; mais il fallait bien s'égayer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et qu'il est revenu à la vie, parce qu'il était perdu et qu'il est retrouvé.
Sens de cette parabole : Dieu nous suit, nous donne de sa charité au quotidien, et pardonne à celui qui se repent sincèrement. La miséricorde, le pardon, la justice sont les valeurs illustrées par ce récit.
Biographie de La Fontaine
Jean de La Fontaine - Rapide biographie
Il naît en 1621, dans une famille de la bourgeoisie provinciale.
Il entreprend des études de droit et obtient un diplôme d'avocat en 1649.
En 1658, il entre au service de Fouquet, Surintendant (= Ministre) des Finances, qui le reçoit dans sa "cour" et lui octroie une pension. Lorsque le Surintendant est arrêté sur ordre de Louis XIV, La Fontaine demande, en vain, la clémence du roi.
Après quelques mois d'exil, il se met au service de la Duchesse d'Orléans
En 1668, à 47 ans, il publie un premier recueil de 124 fables, dédiées au Dauphin (c'est-à-dire Louis de France, fils aîné de Louis XIV). Ces fables remportent un vif succès.
En 1673, La Fontaine devient l'hôte permanent de Mme de La Sablière (il restera chez elle 20 ans !). Il fréquente également les célèbres Dames de La Fayette et de Sévigné.
Il intègre l'Académie Française en 1684. Dans la querelle des Anciens et des Modernes, il prend nettement position en faveur des Anciens, tout comme Boileau ou Racine par exemple, à l'inverse de Perrault, résolument Moderne. Cette querelle d'intellectuels a pour objet la littérature : les Anciens prônent l'imitation des auteurs de l'Antiquité, modèle absolu et indépassable ; les Modernes, eux, pensent qu'il faut moderniser la littérature, écrire de manière contemporaine et s'affranchir de l'Antiquité.
La Fontaine meurt en 1795, laissant une veuve auprès de laquelle il a peu vécu, et un fils dont il ne s'est pas occupé.
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